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 En quoi la société favorise les addictions ?

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My Ahmed
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MessageSujet: En quoi la société favorise les addictions ?   Dim 8 Avr 2018 - 16:29

En quoi la société favorise les addictions ?
Par Anne Lefèvre-Balleydier Mis à jour le 26/02/2018





Du petit café du matin à la cigarette de la pause déjeuner en passant par l’achat compulsif du samedi, nous sommes tous accro à quelque chose. Et ce n’est pas anodin.

Toujours plus, tout de suite, n’importe où: notre monde moderne est un monde d’addicts. C’est le point de vue défendu par plusieurs psychologues et philosophes, dont Cynthia Fleury, également psychanalyste. «Se dire addict, c’est d’abord souvent une manière d’amoindrir le problème. “Toxico”, “drogué”, ce serait tout de suite plus violent. Addict, c’est presque un gimmick, le prix de la modernité. Si on est addict, c’est qu’on suit la tendance», explique-t-elle. Un point de vue partagé par le sociologue Patrick Pharo, selon lequel «on ne rencontre pas dans les sociétés précapitalistes de phénomène d’addiction de masse, comme c’est le cas dans les sociétés contemporaines».

Les auteurs du dernier Baromètre santé à l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) renforcent cette conviction. Entre 2010 et 2016, par exemple, le pourcentage des fumeurs quotidiens n’a en effet cessé d’augmenter parmi les Français à faibles revenus, en passant de 35,2 % à 37,5 %. Pour l’expliquer, le rapport avance l’existence d’une «norme sociale en faveur du tabagisme».



On ne rencontre pas dans les sociétés précapitalistes de phénomène d’addiction de masse, comme c’est le cas dans les sociétés contemporaines

Patrick Pharo, sociologue

Abus et dépendance
La même explication pourrait être avancée s’agissant de l’alcool, et notamment de la pratique du binge drinking, très en vogue chez les jeunes depuis le début des années 2000. Cette pratique d’alcoolisation intensive, le psychologue et président de la Fédération Addiction Jean-Pierre Couteron la relie au concept de société «addictogène».



De quoi s’agit-il? «Si l’addiction est en passe de devenir la maladie du XXIe siècle, comme le furent l’hystérie au XIXe siècle et la dépression au XXe siècle, c’est que cette pathologie est symptomatique des dynamiques et des conflits qui agitent notre environnement socioculturel, des aspirations et des paradoxes dans lesquels se trouve pris l’individu contemporain», précise-t-il dans son livre paru en 2015, Aide mémoire. Addictologie (Ed. Dunod). Et de poursuivre: «C’est bien de cela dont témoigne avant tout la multiplication des comportements d’abus et de dépendance: l’avènement d’une société addictivante, ou addictogène, une société qui contribue à la dérégulation des comportements de recherche de plaisir, qui banalise l’expérience addictive et l’érige en norme comportementale.»

Parmi les facteurs contribuant au développement de conduites addictives, il y aurait d’abord la disparition progressive des modalités de contrôle social qui contribuaient jusqu’alors à encadrer nos comportements individuels. Et cela passe, selon Jean-Pierre Couteron, par une tendance croissante à la singularité, un rapport aux autres et au monde basé sur «l’instantanéité et le nomadisme», dans un mouvement où «les structures et institutions qui constituaient des lieux traditionnels de socialisation et de transmission» (paroisses, école, mais aussi syndicats, armée, corporations diverses) se retrouvent «dans l’incapacité de remplir leur mission».


Accompagnement des personnes

De plus en plus, la culture «de l’intensité, de l’excès et de l’accès immédiat à l’objet du désir» s’impose à nous tous. Avec une quête sans fin de produits tendant à montrer que l’on ressemble aux autres, tout en voulant marquer notre singularité, une frénésie consumériste entretenue par le raccourcissement toujours plus accentué des délais d’attente entre l’apparition d’un besoin/désir et sa satisfaction. Le tout, dans une culture qui banalise l’expérimentation de sensations extrêmes. «Dans un tel contexte, argumente Jean-Pierre Couteron, où aucun temps mort n’est permis, où chaque instant se doit d’être pleinement ressenti, on ne s’étonnera donc pas de la multiplication de syndromes liés au déficit du contrôle d’impulsion, dont les addictions ne sont qu’une facette parmi d’autres.»

Y a-t-il des solutions pour se libérer du cercle infernal? Ceux qui sont addicts et malades doivent par exemple être pris en charge sur de nouvelles bases. «Cela nous impose de passer d’un modèle, où l’on ne s’intéressait qu’à la maladie addictive, à un autre, où l’on va accompagner des personnes avec des pratiques addictives, l’un n’excluant pas l’autre», explique le psychologue. On parlera donc plutôt d’accompagnement que de prise en charge, de parcours plutôt que de chaîne thérapeutique.

Mais, toujours selon le spécialiste, il s’agit aussi de se servir d’outils comme l’intervention précoce, la réduction des risques, la prévention et de les faire interagir. Par ailleurs, plus question de se contenter de lieux de soins: il faut redéployer les acteurs du soin vers le public - éducateurs, familles, travailleurs sociaux, etc. - pour les sensibiliser au problème de la société addictogène. Enfin, il ne faut pas oublier l’éducation, pour compléter et prolonger les acquis: «c’est tout l’enjeu des actuels programmes sur les compétences psychosociales, sur l’éducation préventive, dont les impacts en termes de prévention des addictions sont indéniables», conclut Jean-Pierre Couteron.

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