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 LA MALADIE D’ALZHEIMER AU MAROC

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My Ahmed
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MessageSujet: LA MALADIE D’ALZHEIMER AU MAROC   Ven 22 Sep 2017 - 21:48

LA MALADIE D’ALZHEIMER AU MAROC

La maladie d’Alzheimer au Maroc

ETAT DES LIEUX ET ENJEUX

La maladie d’Alzheimer (MA) est le chef de fil des démences neurodégénératives. Cette maladie constitue un véritable problème de santé publique dans les pays développés. Au Maroc, elle reste encore sous diagnostiquée. Néanmoins, la plupart des professionnels de la santé s’accordent à dire qu’elle est de plus en plus fréquemment rencontrée en pratique clinique.

Doctinews N°99 Mai 2017

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PAR LES PR NAWAL ADALI, NAJIB KISSANI
Service de Neurologie, CHU Mohammed VI, Marrakech, Maroc
Faculté de Médecine et de Pharmacie, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc

Un syndrome démentiel est caractérisé par l’installation progressive d’une altération des fonctions cognitives associant un déficit de la mémoire et au moins un déficit dans un autre domaine cognitif (langage, praxies gestuelles, fonctions visuo-spatiales, gnosies, jugement…). Les étiologies sont diverses : principalement neurodégénératives, mais aussi vasculaires, infectieuses, tumorales, etc.
MALADIE LIÉE À L’ÂGE

La MA a des répercussions sur la vie sociale et professionnelle des patients et de leurs familles (1). Il faut savoir que la MA est intimement liée à l’âge. Les personnes âgées de plus de 60 ans représentent 9,6 % de la population marocaine totale qui est de 33 848 242 habitants selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat de 2014. Selon le même recensement, 79 759 personnes âgées ont une incapacité totale par rapport à la mémoire et à la concentration (2).
En l’absence de données officielles précises sur la prévalence de la MA au Maroc, les organismes internationaux l’estimerait à 8,76 %, en prenant en considération que la prévalence de la MA augmente avec l’âge (doublant pour chaque augmentation de 6,3 ans en âge) (3).
Cette tendance au vieillissement chez la population marocaine se confirme. En effet, selon les projections du Centre d’études et de recherches démographiques du Maroc (CERD), la proportion des personnes âgées de 60 ans et plus passera à 11,1 % en 2020, à 20 % en 2040 et à 24 % en 2050 (4).

PREMIÈRE CAUSE DE DÉMENCE

Selon les rares statistiques hospitalières publiées, la MA reste la première cause de démence dégénérative au Maroc (53,4 % des cas diagnostiqués au CHU de Rabat) suivie des démences vasculaires (5). Ceci pose la problématique du dépistage précoce et de l’accompagnement des patients. Les recommandations internationales en matière de dépistage de la maladie préconisent l’utilisation de tests neuropsychologiques simples et rapides en pratique courante tels que le Mini Mental State Examination (MMSE), le Montréal Cognitive Assessment (MOCA), le test des 5 mots de Dubois… Néanmoins, il est nécessaire de compléter l’évaluation neuropsychologique par des tests plus détaillés et de passation en général plus longue (6).
Les consultations mémoire pluridisciplinaires ont une place primordiale dans la démarche diagnostique autour d’une plainte mnésique. Elles sont assez récentes en pratique neurologique au Maroc et présentes principalement au sein des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) où un bilan clinique, biologique et radiologique est réalisé afin d’écarter les étiologies ayant un traitement spécifique (syphilis, hypothyroïdie, déficit en vitamine B12…).

PROBLÉMATIQUE DE PRISE EN CHARGE

Une fois le diagnostic retenu, se pose la problématique de la prise en charge des malades Alzheimer.
l Sur le plan des professionnels de santé impliqués, on constate une insuffisance du nombre de neurologues, gériatres et neuropsychologues au Maroc. La gériatrie par exemple n’a été reconnue comme une spécialité médicale qu’en 2005. Des professions telles les ergothérapeutes, psychomotriciens, aides-soignants ou auxiliaires de vie sont encore très rares au Maroc.

l Les médicaments communément utilisés dans le traitement de la MA ne sont pas tous mis sur le marché marocain, surtout ceux prescrits au stade sévère de la maladie. Le Donepezil a été longtemps la seule molécule disponible pour les patients au Maroc. Plusieurs génériques du produit princeps sont disponibles depuis 2014 et à des prix compétitifs. La Rivastigmine commercialisée au Maroc sous la forme d’un dispositif transdermique offre l’avantage du passage médicamenteux par voie transcutané en cas de mauvaise compliance par voie orale. Tous ces médicaments sont remboursés par l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Des phytocompléments sont commercialisés mais non remboursés et leurs prix diffèrent selon les formes (7).

l Les examens de neuro-imagerie importants pour le diagnostic en matière de démence sont disponibles dans la plupart des hôpitaux marocains. L’apport du scanner cérébral est précieux dans le diagnostic étiologique de certains types de démences : vasculaires, hydrocéphalie à pression normale, tumeur, etc… Néanmoins, cet apport reste limité en matière de MA. L’IRM cérébrale est l’examen à préférer en cas de suspicion de MA et sa prescription est devenue de pratique courante car de plus en plus de villes marocaines sont dotées d’appareils IRM (grâce notamment au secteur libéral). D’autres examens tels l’IRM fonctionnelle ou le PET- Scan ne sont recommandés que dans certains cas douteux (8). Leur disponibilité est limitée au Maroc et leur prix reste assez élevé.
l La recherche des bio marqueurs de la MA dans le liquide cérébrospinal (protéines Tubulin Associated Unit (TAU) totale, Phospho-TAU et Aβ 42) n’est pas de pratique courante mais figure déjà parmi certains critères internationaux de la maladie. Ils sont demandés dans certains cas atypiques ou d’évolution rapidement sévère. Ces bio marqueurs ne sont pas disponibles actuellement localement au Maroc (9).
l Sur le plan social, les structures d’accueil de long cours sont souvent insalubres et non adaptées à la MA. Les établissements pour les personnes du 3e et 4e âge se résument souvent à des asiles ou des maisons de bienfaisance non adaptées et souvent précaires avec des problèmes d’ordre sanitaire et un mélange de populations : sujets âgés, malades psychiatriques, orphelins, enfants abandonnés… (10). La couverture sanitaire, même avec le système du RAMED, reste bien au dessous des besoins de la population âgée en général.
l La création du service de réhabilitation et de gériatrie au niveau de la direction de la population fut un véritable progrès au Maroc. Ce service a pour fonctions d’assurer le développement, le suivi et la coordination des actions en faveur des personnes âgées. Cependant, des équipes spécialisées dans les démences sont à créer et à développer.
l La prise en charge des malades se fait pour l’écrasante majorité des cas à domicile, assurée essentiellement par les familles des patients. Les foyers sont souvent non ou mal équipés et les aidants principaux (en majorité familiaux) sont épuisés. Les métiers d’auxiliaires de vie ou d’aides soignantes commencent à peine à se voir sur les principales villes marocaines (11).
l La protection des droits catégoriels des personnes en situation précaire (handicapés, personnes âgées) est devenue une priorité au Maroc avec le Plan d’Action National en Matière de Démocratie et Droits de l’Homme (2011-2016). Les droits des malades Alzheimer à la protection juridique doivent, par contre, être mieux précisés vu l’extrême vulnérabilité de ces patients (12).
l Sur le plan associatif, plusieurs organisations non gouvernementales œuvrent pour la maladie d’Alzheimer et les démences au Maroc. Leur rôle a été primordial dans la sensibilisation de la population marocaine, l’éducation des aidants et la promotion des actions médicosociales. Elles restent pour la plupart à rayonnement local et non national malgré l’existence d’antennes à distance.
l La perception de la maladie d’Alzheimer est particulière dans la culture marocaine. Le terme Alzheimer est utilisé au Maroc pour désigner toute démence quelle que soit son origine. La maladie fait encore peur et inquiète. Elle est synonyme de pathologie incurable, de folie ou de perte d’autonomie. Dans les régions rurales, la stigmatisation et les tabous se font beaucoup plus sentir qu’en milieu urbain.
l La solidarité familiale longtemps prônée au sein des foyers marocains est de plus en plus difficile à assurer vu l’éclatement de la grande famille à la faveur de « familles nucléaires » et le travail des aidants principaux. Le fardeau des aidants familiaux devient lourd à supporter en l’absence de mesures d’accompagnement et d’aide au maintien à domicile (13).
Le Maroc doit donc mieux se préparer à la tendance au vieillissement de la population qui se confirme sur les données du dernier recensement. L’ampleur de la problématique des démences touchant des sujets âgés et affaiblissant leurs familles qui supportent le grand fardeau de la maladie a été partiellement prise en considération par les politiques qui ont commencé à mieux définir les cadres juridiques et sociaux. D’autres mesures restent pourtant nécessaires dans les domaines de santé et de l’accompagnement des patients et de leurs familles.

RÉFÉRENCES

1- M.P. Fortin, P. Krolak-Salmon. Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : vers un diagnostic plus précis et précoce. La Revue de médecine interne, 2010, 31 : 846–53.
2- [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
3- [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
4- Centre d’études et de recherches démographiques : Projections à long terme de la population du Maroc, 1960-2060, Rabat : CERED, 1996, p : 18.
5- M. Benabdeljlil, F. Boutbibe, M. Rahmani, F. Benbelaid, M. Bennani, S. Aidi, M. EL Alaoui Faris. Maladie d’Alzheimer et autres démences. Expérience du centre de mémoire de Rabat. Rev Neurol. 2012, 168 : A1-A55.
6- J.E. Galvin, and C.H. Sadowsky. Practical Guidelines for the Recognition and Diagnosis of Dementia. J Am Board Fam Med, 2012 ; 25 : 367–82.
7- [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
8- L. Lechowski, B. Forette, L. Teillet. Démarche diagnostique devant un syndrome démentiel. La revue de médecine interne, 2004 (25) : 363–75.
9- J. Hugo and M. Ganguli. Dementia and Cognitive Impairment: Epidemiology, Diagnosis and Treatment. Clin Geriatr Med. 2014 ; 30(3) : 421–42.
10- [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] Bilan de l’action sociale 2004.
11- Salomé Nicaise, Federico Palermiti, Association Monégasque pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer (AMPA). Rapport Alzheimer et méditerranée 2016, état des lieux - enjeux – perspectives.
12- [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
13- Kamal Bouisk. Prise en charge de la maladie d’Alzheimer : état des lieux et perspectives cas de la région du grand Casablanca. Mémoire de fin d’études. Cycle de mastère en administration sanitaire et sante publique. Juillet 2012.

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Docteur My Ahmed IDRISSI  
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