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 AUJOURD’HUI, LA PHARMACIE EST MALADE ET NOUS AVONS BESOIN DE MESURES D’ACCOMPAGNEMENT

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My Ahmed
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Quelle est ta Maladie ? : Médecin
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MessageSujet: AUJOURD’HUI, LA PHARMACIE EST MALADE ET NOUS AVONS BESOIN DE MESURES D’ACCOMPAGNEMENT   Lun 18 Juin 2012 - 17:02


DR OUALID AMRI :

PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION NATIONALE DES SYNDICATS DES PHARMACIENS DU MAROC
Doctinews N°44 Mai 2012

Président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc depuis le mois de décembre 2011, Oualid Amri vient d’être reconduit à la présidence du syndicat des pharmaciens de Casablanca pour un mandat de deux ans. Pour ce pharmacien d’officine, « être président est juste un titre » car le travail est avant tout accompli par une équipe, un bureau soudé qui a la même vision pour l’avenir de la profession. Il est là pour défendre la profession et considère que son seul parti politique, c’est l’officine et son avenir, comme il aime à le dire.
Oualid Amri





‘‘ AUJOURD’HUI, LA PHARMACIE EST MALADE ET NOUS AVONS BESOIN DE MESURES D’ACCOMPAGNEMENT POUR SORTIR DE CETTE SITUATION DE CRISE. ’’

Doctinews. Avant d’être président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens, vous êtes d’abord pharmacien d’officine. Pouvez-vous nous décrire les spécificités de ce métier au Maroc ?

Oualid Amri. Le pharmacien d’officine joue un rôle très important dans la société marocaine à plusieurs niveaux. Bien sûr, il dispense des médicaments. Mais il est d’abord là pour conseiller, accompagner le citoyen, le patient. Il joue un rôle d’éducateur social très important, souvent méconnu et peu valorisé et il participe à de nombreux actes de la vie quotidienne bien au-delà de la dispensation des médicaments. Ensuite, et surtout, les pharmaciens forment à eux tous une grande entreprise de microcrédit pour les citoyens dont le pouvoir d’achat est faible et qui achètent leurs médicaments à crédit en attendant le remboursement d’un organisme de prévoyance ou le versement de leur salaire. Une pharmacie d’officine accorde en moyenne entre 50 à 60 000 dirhams de crédit mensuel gratuit (parfois jusqu’à 200 000), alors qu’elle est déjà dans un état de précarité, son rôle est donc social et multiple.

En qualité de président de la Fédération, quelle est votre vision à propos de son rôle ?

La fédération est l’émanation d’une cinquantaine de syndicats. Son rôle est très important car elle défend l’avenir de la profession, le quotidien de l’officinal. Nous sommes là pour donner notre avis et défendre à tous points de vue l’avenir de la profession par rapport à la politique générale de notre ministère de tutelle et du gouvernement en général, donner notre avis, notre vision et nos attentes par rapport à notre profession et par rapport au médicament au Maroc. Cependant, la fédération est composée d’une quinzaine de membres de divers horizons représentant toutes les régions du royaume, y compris nos provinces sahariennes, donc une bonne répartition des représentants des syndicats au niveau de la fédération. Nous avons conscience que chaque région a ses spécificités dans l’exercice du métier de pharmacien. Pour avoir une vision globale et construire une stratégie pour la profession, nous avons besoin de connaître les doléances de chacun, aussi convient-il de nous enrichir des idées de tous. La fédération, qui est là pour exercer ce rôle, doit être accompagnée de toute l’intelligence qui forme la profession. Nous ne voulons plus travailler en situation de crise. Nous voulons définir une vision à court, moyen et long terme qui soit celle de la profession dans son ensemble. Nous allons nous inspirer des expériences d’autres pays, apprendre d’elles pour ne pas répéter les mêmes erreurs de ces pays et essayer de trouver les meilleures solutions pour sauver ce secteur hautement stratégique dans le système de santé et de soins dans notre pays, tout en tenant compte de nos propres spécificités.

La fédération, avec le conseil national de l’Ordre des pharmaciens, vient d’élaborer un projet de texte relatif à l’Ordre des pharmaciens. En quoi l’implication de la fédération était-elle nécessaire?

Lorsque nous avons rencontré notre nouveau ministre de tutelle, le professeur Louardi, nous avons exposé nos doléances. Parmi ces dernières figuraient la régionalisation et la refonte des textes de loi du conseil de l’Ordre. On nous a demandé de présenter un projet. Depuis des années, rien n’a bougé dans ce sens. La profession est régie par un conseil de l’Ordre par intérim en attendant des élections, une situation qui dure depuis quelques années maintenant. La fédération est l’émanation de cette population pharmaceutique. Nous représentons les syndicats qui exercent quotidiennement dans leur ville et qui sont à l’écoute et plus proches du pharmacien de la base que ne l’est le conseil de l’Ordre tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Donc, nous avons invité toutes les parties à participer à la refonte du texte car il s’agit de l’avenir de la profession. Même si une chaise est restée vide, toutes les parties ont participé à ce travail : fédération, Cnops, pharmaciens universitaires, du secteur public, etc. Nous avons travaillé à partir d’une ébauche de texte, préparée à l’époque où feu Abderrahim Harrouchi était ministre de la Santé, laquelle, depuis, est restée en l’état. Aujourd’hui, nous avons transmis ce projet à tous les syndicats, à nos consoeurs et confrères afin qu’ils donnent leur avis avant de proposer le texte au ministère.

Quelles sont les principales innovations apportées au texte en vigueur et pourquoi ?

Nous avons introduit la notion de section car les intérêts de chacun diffèrent. Aujourd’hui, par exemple, dans le texte proposé, les industriels auront leur section, les répartiteurs la leur. Aujourd’hui, ils sont représentés par un seul conseil, alors que leurs contraintes et leurs attentes ne sont pas forcément les mêmes. Les pharmaciens du secteur public, et ceux universitaires, n’ont aucun statut alors qu’ils ont droit à une représentation, au même titre que les autres, à travers une section. Ce mode de fonctionnement permettra au conseil de jouer pleinement son rôle d’interlocuteur vis-à-vis des autorités, de garant des intérêts, de régulateur… pour l’ensemble de la profession.

Nous avons également introduit le principe de la régionalisation pour une plus juste représentativité. Actuellement, le conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du nord siège à Rabat et celui du sud à Casablanca. Le pharmacien d’Oujda est représenté par une instance établie à Rabat, celui de Dakhla par une instance établie à Casablanca. La régionalisation permettra une meilleure compréhension et la gestion des difficultés quotidiennes grâce à une meilleure maîtrise de la réalité de terrain. Tout ceci est un projet sur lequel a travaillé une commission représentant les différentes parties et nous attendons les remarques des uns et des autres pour pouvoir doter les pharmaciens de textes et d’un conseil à la hauteur de leurs attentes.

Des critiques se font déjà entendre, notamment en ce qui concerne la représentativité des pharmaciens d’officine au sein du conseil et du vote par correspondance dont il n’est pas fait mention. Souhaitez-vous répondre sur ces points ?

Je voudrais dire deux choses à ce propos. Tout d’abord, la critique est positive et permet d’avancer à condition qu’elle soit constructive. Ensuite, ce projet de texte relatif au conseil de l’Ordre n’appartient pas à la fédération. La fédération a juste eu le courage de travailler sur le projet et d’inviter tout le monde à participer pour pouvoir avancer. Aujourd’hui, personne ne pourra se permettre de dire ce projet m’appartient ou non. Il appartient aux 12 000 pharmaciens du Maroc, officinaux, industriels, du secteur public… grâce à qui le conseil existe. Il s’agit d’un projet d’avenir pour la profession que personne ne peut s’accaparer. À propos de la représentativité des pharmaciens d’officine qui était décevante, le projet a été revu. En ce qui concerne les modalités de vote qui n’ont pas été mentionnées dans le texte qui, je le rappelle, n’est pas définitif, il est hors de question d’instaurer le vote par correspondance. La démocratie passe par les urnes. Il faut que les pharmaciens se déplacent pour leur avenir, pour défendre leur profession.

Il s’agit d’un projet. Combien de temps faudra-t-il pour qu’il soit mis en application ?

Nous ferons ce qui est possible pour qu’il soit mis en place rapidement. La régionalisation prendra peut-être un peu de temps, mais nous espérons organiser des élections dans les plus brefs délais pour avoir un conseil national très fort, émanant des urnes et, surtout, d’un scrutin démocratique.

Actuellement, quel est votre chantier prioritaire ?

La viabilité du secteur d’officine. Je prends un exemple : le gouvernement et, à travers lui, le ministère de la Santé, a une nouvelle vision de la politique du médicament. Nous sommes preneurs, mais il faut savoir que cette politique ne doit en aucun cas mettre en péril le secteur de l’officine. Il n’est pas concevable de mettre en place une politique du générique sans impliquer le pharmacien. Je prends un autre exemple : la baisse des prix du médicament princeps. En un an, les prix de 400 spécialités ont diminué. Cette mesure, certes positive pour le citoyen, a eu des répercussions sur notre chiffre d’affaires et aucune mesure d’accompagnement n’a été prévue pour le pharmacien. Prenons le cas d’un pharmacien d’officine qui a démarré son activité en 1995. Depuis 17 ans, le prix du médicament n’a pas augmenté d’un centime. Il faut le savoir. De plus, de 2 000 officines en 1995, nous sommes passés à 12 000 aujourd’hui. En 1995, le chiffre d’affaires d’une officine s’élevait à 2,5 millions de dirhams en moyenne. Aujourd’hui, il est de 600 000 dirhams et, durant tout ce temps, le coût de la vie a explosé. En principe, cette pyramide aurait dû être inversée. Nous assistons à une paupérisation de la population des pharmaciens d’officine. Aujourd’hui, certains ne gagnent même pas le Smig et beaucoup d’entre eux vont finir par s’inscrire au Ramed si des solutions ne sont pas mises en place.

Le Ramed, justement, peut-il avoir des conséquences négatives sur l’activité de l’officine en général ?

Nous sommes pour le Ramed, mais nous sommes aussi pour la dispensation du médicament dans la pharmacie. Chacun a son rôle à jouer. L’hôpital soigne, le pharmacien met à disposition le médicament. Quitte à trouver un moyen pour rémunérer le pharmacien dans le cadre de la liste de médicaments dédiée au Ramed. Dans d’autres pays, les patients se font soigner à l’hôpital et obtiennent leurs médicaments dans une pharmacie sur présentation d’une ordonnance. N’oublions pas non plus que les pharmaciens dans le secteur public sont en sous-effectif. Pourront-ils répondre, à eux seuls, à la demande de l’ensemble des bénéficiaires du Ramed ?

Cette situation n’est-elle pas amenée à évoluer ?

Nous allons demander un partenariat public/privé comme les médecins le font pour le Ramed. Nous sommes prêts et ouverts à la discussion. Nous réfléchissons à des solutions qui permettraient de préserver les intérêts de tous -malades, pharmaciens et Etat. Peut-être faudra-t-il créer une agence de régulation susceptible de faire appliquer les règles qui seront définies.

La mise en place de l’AMO (Assurance maladie obligatoire) a-t-elle eu des conséquences positives sur l’activité de l’officine ?

Aucune, et je suis prêt à défier quiconque dira que la pharmacie en a profité.

Comment l’expliquez-vous ?

Même si l’on considère que l’AMO offre une couverture médicale à 25 % de la population, ce dont je ne suis pas certain, ce régime s’est substitué à un autre (CNSS ou assurances privées). Nous ressentirons les effets de l’AMO lorsque la tranche de population qui n’a aucune couverture basculera vers ce régime, soit actuellement entre 30 à 40 % de la population. Il s’agit des professions libérales (médecins et pharmaciens compris), des travailleurs indépendants, des commerçants…

Ici, et ailleurs, le mode de rémunération des pharmaciens fait débat. Quelles sont les orientations préconisées par la fédération pour améliorer le niveau de vie des pharmaciens ?

Le pharmacien peut espérer plusieurs niveaux de rémunération en fonction du service qu’il rend ou de son activité. Tout d’abord, la rémunération de l’acte pharmaceutique. Prenons l’exemple d’une caisse d’assurance qui réalise des économies grâce à la substitution. Ne pourrait-elle pas répercuter une partie de cette économie sous forme de rémunération au pharmacien ? Il faut également introduire un statut pour les médicaments OTC (Over The Counter). Dans d’autres pays, par exemple, certains médicaments ont un prix prescription et un prix hors prescription. La caisse de prévoyance définit un prix de remboursement, mais ces médicaments sont vendus plus cher en automédication. Même principe lors des gardes. Le paracétamol, qui coûte par exemple 2,30 euros, est dispensé à près de 5 euros par les pharmacies de garde. Au Maroc, le médecin, l’infirmier, l’agent de police… tous sont rémunérés pour leur garde. Sauf le pharmacien qui se rend disponible 24h/24 toute l’année.

À ces modes de rémunération, il me semble important d’ajouter la formation continue et l’instauration d’un diplôme universitaire pour la fonction soignante qui permettrait au pharmacien d’effectuer certains actes de soins au quotidien. Le pharmacien pourrait ainsi augmenter ses revenus et jouer pleinement son rôle de proximité pour accompagner le malade dans ses soucis de santé quotidiens. Il ne s’agit pas de se substituer au médecin, mais d’exercer une fonction soignante dans un cadre de compétences reconnues.

Le développement de l’activité de la parapharmacie ne représente-t-il pas une opportunité pour augmenter le revenu de l’officine ?

Les pharmaciens devraient développer davantage cette activité qui profite à d’autres car, excepté dans les cinq plus grandes villes du Maroc, la parapharmacie est absente de l’officine. Et même à l’intérieur de ces villes, le pourcentage du chiffre d’affaires lié à cette activité ne dépasse pas 10 à 20 %. Pour aider au développement, les autorités doivent instaurer plus de contrôle sur les produits de parapharmacie, objets de contrebande, et obliger tous les commerçants à recruter un pharmacien qui engagerait sa responsabilité sur la vente de ces produits.
Dans un autre registre, il est également urgent de publier l’arrêté qui permettra aux officines de proposer des dispositifs médicaux et des produits stériles, comme le veut la loi, et de veiller au respect du circuit de distribution des médicaments. Aujourd’hui, des industries et des grossistes jouent le jeu de la transparence et du respect. Ceux qui ne le font pas encore doivent savoir qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Comment avez-vous accueilli la décision d’allonger la liste des médicaments exonérés de TVA (diabète, hypertension, asthme…) ?

Si une TVA a été supprimée sur certains médicaments, j’applaudis. Mais j’aimerais qu’elle disparaisse pour tous les médicaments. Il est inconcevable de pénaliser par une taxe un malade déjà pénalisé par sa maladie. Le gouvernement veut diminuer le prix des médicaments, qu’il les exonère tous de la TVA.


Il semblerait que le ministère réfléchisse à la mise en place de nouveaux critères d’autorisation d’ouverture des officines (démographie et volumes des dépenses en médicaments). Qu’en pensez-vous ?

Le 300 mètres vol d’oiseau est un acquis et nous ne pouvons plus faire marche arrière. Nous sommes trop nombreux au Maroc.
L’OMS (Organisation mondiale de la santé) préconise une pharmacie pour 5 000 habitants, le Maroc en compte une pour 3 000. S’il s’agit d’ajouter le numerus clausus, cela aurait dû être mis en place depuis une quinzaine d’années. Je pense qu’il faut orienter les futurs pharmaciens vers l’exercice de la profession en milieu hospitalier, dans les entreprises agro-alimentaires…

Le nouveau gouvernement a conscience des difficultés auxquelles est confrontée la profession. Il n’a pas hésité à qualifier d’obsolète le code des médicaments et de la pharmacie actuellement en vigueur, à remettre en question l’existence de pharmacies au sein de cliniques… Comment se sont déroulés les échanges que vous avez pu avoir jusque-là ?

Nos échanges sont très constructifs, le ministre connaît bien le secteur et est très au courant des problèmes que rencontre la profession. Il souhaite nous accompagner et il a conscience que la loi 17-04 comporte des aberrations. Maintenant, nous sommes dans l’attente d’actions concrètes car tout est lié et conditionné à des négociations avec d’autres organismes, ministères… Mais nous ne pourrons pas attendre longtemps. Aujourd’hui, la pharmacie est malade et nous avons besoin de mesures d’accompagnement pour sortir de cette situation de crise (mesures fiscales et d’accompagnements économiques). Nous sommes face à de nombreux challenges, l’exercice de notre métier évolue, la profession doit s’investir, participer aux débats et aux tables rondes, s’impliquer davantage dans les élections des organismes professionnels… Elle doit s’unir pour construire son avenir.

_________________
Docteur My Ahmed IDRISSI  
Administrateur-fondateur du Forum
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